Que vaut la Ligue 2 ?
Quelques jours après que les Girondins de Bordeaux aient corrigé Vannes (4-0) en finale de la Coupe de la Ligue, on ne peut s’empêcher d’émettre de sérieux doutes sur la qualité actuelle de la seconde division française. A l’heure où le niveau de notre élite pose déjà question, quel crédit doit-on donner à la Ligue 2 ? Retour sur une affiche de cette compétition, le Lens-Strasbourg du milieu du mois d’avril.
C’est assez dubitatif que je me suis rendu au stade Félix Bollaert le lundi 13 avril dernier pour assister au match-phare de la 31e journée de Ligue 2. Au menu, Lens-Strasbourg, une rencontre qui aurait eu sa place dans le calendrier de Ligue 1 il y a encore quelques mois. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts nordistes et alsaciens, et ces deux monuments du football français ont abandonné la première division. «Cette année, si tu veux voir des buts et du beau jeu, ce n’est pas ici qu’il faut venir », me confie mon vieil oncle, pourtant inconditionnel des Sang et Or, d’une voix empreinte de nostalgie, alors que je fais la queue pour goûter à la fricadelle locale. Pourtant, les deux équipes occupent la deuxième place du championnat, et le vainqueur du jour a même la possibilité de subtiliser le fauteuil de leader aux Messins. Mais c’est vrai que la descente du RC Lens la saison passée fut un tel choc que l’on pensait logiquement que les Ch’tis domineraient de la tête et des épaules la Ligue 2 cette année. Or, alors que la dernière ligne droite de la compétition est maintenant abordée, force est de constater que ce n’est pas le cas. Et les résultats en dents de scie des hommes de Jean-Guy Wallemme, ajoutés à un fond de jeu souvent dénué d’intérêt, commencent à exaspérer du côté de l’Artois. La faute à qui ? A une formation lensoise qui, en dépit de son classement honorable, ne s’est jamais vraiment remise du traumatisme de l’an passé ? Ou bien à un championnat de Ligue 2 trop souvent sous-estimé, et qui se révèle être en réalité une redoutable compétition, qui donnerait du fil à retordre à n’importe quel membre de l’élite ? Cette fois, je vais avoir l’occasion de m’en rendre compte par moi-même…
Deux heures plus tard, alors que le speaker lensois annonce joyeusement que le record d’affluence a été battu ce soir, c’est le sourire aux lèvres que je ressors de l’enceinte. Car du beau jeu et des buts, j’en ai vu, n’en déplaise à mon oncle. Cinq en tout, dont quatre en faveur des locaux. L’attaquant tunisien Issam Jemaa est à créditer d’un splendide triplé. Que dis-je, un quadruplé même, puisque l’avant-centre a poussé le vice jusqu’à marquer l’unique but strasbourgeois, d’une magnifique tête contre son camp, en pleine lucarne. Histoire de confirmer qu’il était bien l’homme du match. Le défenseur Alaedinne Yahia, généralement connu pour son marquage serré et ses interventions musclées, a marqué le troisième but des siens d’un incroyable ciseau retourné, comme pour me remercier d’être venu au stade. Un Jemaa efficace, un Monnet-Pacquet insaisissable, un Yahia étonnant, un Kovacevic au four et au moulin…Ce soir, Lens a prouvé qu’il avait sa place en Ligue 1. En face ? Rien, ou presque. Et c’est là tout le problème. Les Strasbourgeois n’ont pas mal joué, ils n’ont pas joué. On peut compter sur les doigts des deux mains le nombre de fois où ils ont enchaîné trois passes consécutives. Ils ne se sont jamais créés d’occasions, et même leur but a été marqué par le gourmand tunisien. Tous, du gardien Cassard à l’avant-centre Fanchone, pourtant anciens pensionnaires de Ligue 1, ont été terriblement à la peine. Ecoeurés, les quelques centaines de supporters strasbourgeois ayant fait le long déplacement dans le Nord, ont entonné à pleins poumons, en milieu de seconde période « Mais ils sont où, mais ils sont où les Strasbourgeois ? ». C’est vrai que la question méritait d’être posée.
Pour autant, mes interrogations concernant le niveau actuel de la Ligue 2 restent intactes. Qui reflète le plus fidèlement la qualité de ce championnat ? Une équipe de Lens fringante et imaginative ? Ou une formation alsacienne aux abonnés absents ? Il me semble qu’une partie de la réponse a été livrée samedi dernier au stade de France, tant le fossé entre un des ténors de la Ligue 1 et une équipe du ventre mou de la Ligue 2 est apparu béant. De plus en plus de voix colériques s’élèvent pour dénoncer avec virulence le piètre niveau de notre élite, symbolisé par une disparition précoce de nos équipes dans les compétitions continentales. Il semble que ce déficit qualitatif se répercute sur les divisions inférieures. Pourtant, nous avons l’habitude en France de nous targuer de la bonne tenue de notre système de formation et du niveau de nos compétitions amateurs. Il serait donc temps, messieurs de la LFP, de se pencher sérieusement sur les difficultés du professionnalisme dans le football français.