Bordeaux n'est pas un "beau champion"
Bordeaux, en gagnant son 6e titre de champion de son histoire, met fin au règne de Lyon, à la suite d'un suspense prenant. Depuis, tout le monde parle de "beau champion"...Rétablissons la vérité!
"Beau champion", pourquoi? Parce que c'est un "nouveau champion"? Tout nouveau, tout beau, comme on dit...
"Beau champion" parce qu'il succède à Lyon et a devancé Marseille dans le sprint final? Il faut savoir être objectif, Bordeaux est une équipe intéressante et on ne lui enlèvera pas son invincibilité à domicile et ses 80 points. On ne veut pas non plus parler de titre "au rabais", mais les plus belles valeurs de Bordeaux cette saison, sont la combativité, le courage et le mental. Ces valeurs ont permis aux Girondins de faire la différence dans les matches couperets.
Ces valeurs ne font pas tout et il est vrai que cette équipe a profité d'un Gourcuff exceptionnel, mais qui attendait ce joueur à ce niveau? Sans diminuer l'apport de Chamakh et d'un certain nombre de joueurs combatifs, c'est lui le joueur-clé qui a permis à son équipe d'être championne. Avant la finale de la Coupe de la Ligue, personne n'aurait pensé à ce sprint final et à un Bordeaux champion. Gourcuff a eu une mauvaise période, le match de l'équipe de France contre l'Argentine en est la preuve, et mauvaise période pour lui équivaut à mauvaise période pour club. Puis il y a cette finale de Coupe de la Ligue, un titre acquis facilement contre une petite équipe de Vannes, et Gourcuff a retrouvé quelque peu ses jambes. Une libération pour Bordeaux: la saison sera de toute façon réussie avec ce trophée, le reste ne sera "que du bonus". Ensuite, lors du match en retard contre Rennes, le déclic se confirme, une victoire dans les dernières minutes, contre l'ancien club de Gourcuff, il marque deux buts et il enchaîne: de la 33e journée à la dernière, il marque 5 buts et fait 2 passes décisives. Peut-on résumer Bordeaux à ce joueur? C'est un peu ça! Dans le jeu, le beau jeu et la validation de celui ci en points, c'est lui! Il permet au reste de l'effectif de faire illusion, et de prendre des points que l'on espérait pas du côté du Haillan. Il permet d'oublier, avec ces statistiques, que Bordeaux a pris 45 points sur les matches retour contre 35 sur les matches aller. On en oublie donc la saison médiocre de Gouffran, de Ramé, de Wendel, de Placente, de Bellion et de Fernando! Un beau champion peut-il avoir autant de joueurs qui font une mauvaise saison?
Bordeaux n'a pas affiché ses ambitions cette saison, pourquoi? Parce que Bordeaux ne s'attendait pas à ce bilan. Surtout quand, après les deux matches éclatants contre Paris, et la signature de prolongation de contrat de Blanc, les Girondins n'y sont plus et gagnent, malgré tout, pas mal de matches mais dans la douleur. A ce moment qui aurait pensé que Paris et Lyon feraient cette saison? Les Girondins n'imaginaient pas le titre! Une place en Ligue des Champions était le seul et unique objectif. Et puis, ils n'affichent pas un beau bilan dans les confrontations directes. Contre Lyon, Toulouse et Paris, Bordeaux n'a pris que 3 points à chaque fois (une défaite et une victoire), et contre Marseille un seul (une défaite et un nul)! Cette équipe n'a jamais eu son destin entre ses mains donc, sauf sur les deux dernières journées! Deux journées sur 38! Le tournant décisif a été Marseille-Lyon. Faute d'avoir été cherché le titre, Bordeaux a suivi la cadence de Marseille, a profité de son faux pas lors de ce match et a maîtrisé son tournant qui lui a permis de passer en tête au meilleur moment.
Un titre acquis sur le sprint final mais pas un réel parcours de "beau champion" malgré l'invincibilité à la maison, on l'a vu avec les statistiques contre les autres "gros" du championnat. Les valeurs de cette équipe sont apparues à Monaco pour une victoire 3-4. Une remontée et une victoire après avoir été mené 3-0, c'était le 21 décembre, un match marquant qui permet de fêter Noël avec une deuxième place, mais à trois points de Lyon. Une victoire mentale surtout avant même tactique. Ce sera souvent le cas, malgré des revers douloureux: après le revers contre Marseille, l'élimination contre Galatasaray et après le Toulouse-Bordeaux (perdu 3-0, à la 27e journée), les Girondins se redresseront et commenceront leur magnifique série. Une série qui ne comprendra pas de "gros", mis à part Lyon contre qui ils prendront les 3 points. Des victoires contre beaucoup de "petits" parfois étriquées et acquises à l'abnégation. Bordeaux -Nice, Bordeaux-Nancy des petits matches, sans saveurs, c'est ce que l'on retrouvera contre Monaco et Caen lors des deux dernières journées. Quand les scores sont plus spectaculaires, les matches marquent plus pour leur scénario que pour leur réelle qualité: Rennes-Bordeaux, 2-3, et Bordeaux-Le Mans 3-2, des victoires en fins de matches après avoir été menés au score.
On faisait référence à l'élimination en Coupe de l'UEFA, suite au match perdu face à Galatasaray, en 16e de finale, 4-3. La conclusion malheureuse d'un parcours européen chaotique. Après avoir été reversé dans cette "petite Coupe d'Europe", en finissant que 3e de son groupe, le 0-0 à la maison face aux Turcs n'était pas glorieux et perdre au retour en ayant marqué 3 buts (sachant qu'un nul suffisait) fut assez honteux. Ceci qui fera d'ailleurs monter la colère de Jean-Louis Triaud. En Ligue des Champions, personne n'a cru au miracle, même pas les joueurs eux même: spectateurs face à Chelsea pour le 4-0, et les deux matches face à Rome 1-3 et 2-0...Il est vrai qu'à ce niveau le nul à la maison contre Chelsea 1-1 fut un petit exploit...Les Girondins finiront avec 7 points, le bout du monde! Il est malheureux de ne pas avoir plus joué le coup, que ce soit face à Rome, comme face à Galatasaray, qui ne sont pas des citadelles imprenables. Mais Bordeaux avait-il atteint ses limites? Peut être en attendions nous trop?
Le meilleur Français? Oui, cette saison, Bordeaux a été le meilleur club français. La logique a été respectée. Marseille n'a pas démérité, mais a payé ses irrégularités en craquant une fois de trop à domicile. Mais aller jusqu'à parler de "beau champion", il y a une réelle nuance. Le suspense de ce championnat a été l'arbre qui cachait la forêt de la médiocrité de la Ligue 1. Une Ligue1 où Paris et Lyon ont fait des saisons indignes de leur standing, passant du moyen au médiocre, se faisant même, quelques fois, humilier. Marseille et Bordeaux pouvaient être champions tous les deux mais que ce soit l'un ou l'autre, ce n'aurait pas été un "beau Champion". Ce sont des équipes qui ont connus des creux, qui n'ont pas dominés leurs adversaires directs, avec des joueurs dans leurs effectifs respectifs qui n'ont pas été à leurs niveaux, alors que l'on comptait sur eux. La preuve est faite de ce niveau médiocre de la Ligue 1 qui ne fait que regresser depuis quelques saisons: les parcours européens. Marseille, Lyon et Bordeaux devraient partir en "campagne européenne" avec l'ambition des quarts de finale et se donner les moyens d'y arriver. Si erreur de parcours il y a, et quu'ils sont reversés en UEFA, ils devraient prétendre la remporter. Bordeaux, Marseille ainsi que Paris n'y sont encore pas arrivés...Alors oui, le suspense, c'est bien. Mais le suspense ne fait pas tout. Les médias se sont fait un plaisir de le mettre en avant mais il faut rester objectif. Le fait que Lyon ne soit pas champion n'est pas du à un Bordeaux qui a renversé la tendance, mais surtout du à un Lyon bien loin de ses ambition et du niveau attendu. Lyon alors qu'il était premier à la fin des matches aller, s'est petit à petit éliminé de la course tout seul.
On peut donc tirer des motifs de satisfaction de cette saison, s'il on veut positiver, mais il faut raison garder. Espérons que cette saison soit le point de départ d'une marche en avant d'une Ligue 1 compétitive, pour une saison prochaine aliant haut niveau, spectacle et intérêt...